Un chevalet pour panographie sur haut-mât et prise de vue rapprochée

English version

Objet

Comme aucun sujet n'est vraiment proche de l'appareil, la prise de vues pour panorama au sommet d'un mât est assez tolérante et la rotation autour du point sans parallaxe (pupille d'entrée du fisheye) n'est pas absolument nécessaire. Mieux vaut alors dans ce cas privilégier l'équilibrage de la charge (Appareil + Objectif + Récepteur de télécommande) afin de limiter la flexion inévitable du mât. Les erreurs dues à la parallaxe seront ainsi limitées de façon optimale. Pour contrer les oscillations provoquées par l'élasticité du mât notamment lors de la rotation de l'appareil, certains préconisent l'usage d'un triple haubanage et d'ailleurs celui-ci se montrerait fort efficace en cas de brise de vent soutenue.

Par contre, prendre une vue photographique rapprochée d'un sujet situé à 6-10 mètres de haut avec l'appareil monté en haut du mât géant Manfrotto 269 HDBU n'est pas une sinécure.

Si en plus, on souhaite que cette image soit une partie d'un panorama issu de l'assemblage de plusieurs images prises au fisheye (par exemple), ça se corse encore plus.

Si une brise de vent fait osciller le mât de plusieurs dizaines de centimètres (cela est fréquent) , alors il vaut mieux abandonner l'idée de prise de vue rapprochée. Même un haubanage ne serait pas suffisant pour annuler les oscillations suffisamment.

... A moins de mettre un chevalet sur la dernière section du mât et d'incliner celui-ci pour que le chevalet s'appuie gentiment sur l'objet que l'on veut photographier!

 

Le chevalet

C'est un truc tout simple constitué de trois parties: une bague et deux jambes.

La bague peut tourner librement bien qu'elle enserre le mât. Le mât peut donc tourner dans la bague même quand celle-ci est bloquée en rotation par les deux jambes dont les pieds sont posés sur l'objet. Car les jambes peuvent être dépliées pour que leur "pied" s'appuie sur l'objet cible. J'ai utilisé du tube creux en fibre de verre normalement destiné à l'armature de cerf-volant...

Ainsi la pupille d'entrée reste enfin fixée dans l'espace pendant la prise de vue et pendant la rotation de l'appareil de photo en assurant donc la minimisation d'erreur de parallaxe;-)

 

Images du montage à chevalet

Le chevalet est ici replié autour de la bague Pendant la prise de vue: le chevalet s'appuie (ici sur la poutre au-dessous de la cible) car le mât est incliné

Mise en oeuvre

Le mât équipé du chevalet est dressé légèrement oblique pour approcher la configuration définitive pour la prise de vue: en le tournant autour de l'axe du mât, l'appareil photo est placé pour que la flexion due au décentrage du centre de gravité soit la moindre possible. Rappelons que le point de non-parallaxe étant positionné sur l'axe de rotation, le C. d. G. est alors malheureusement de-facto écarté de cet axe. Ensuite, continuez à incliner le mât en jouant sur la longueur du pied réglable du Manfrotto 269 HDBU et ceci jusqu'au contact des pieds du chevalet avec le support prévu. Attention: cette opération est délicate quand il y a un peu de vent! Si l'inclinaison du mât devient importante au point de mettre la stabilité de l'ensemble en péril, un lourd contrepoids doit alors être placé sur ce pied réglable situé pour cela en arrière (ou bien une sardine sera planté dans l'"ongle" de ce pied: voir la flèche rouge sur cette image)

Lors de la rotation pour prendre successivement les vues contiguës, la pression des pieds des jambes du chevalet sur le support assurera la stabilité puisque aucun décollement des deux pieds du chevalet ne sera à craindre. Ce contact léger ne peut pas se substituer totalement au contrepoids décrit ci-dessus:-)

A quoi ça sert-t-il?

Ça sert à photographier un "détail" ou un objet situé à quelques décimètres de distance (alors qu'il est à sept-huit mètres de haut)! Je ne pense pas uniquement à la prise de vue panoramique mais aussi au cas de photographie rapprochée avec un objectif "spécialisé" à fort piqué. Ceci peut être alors fait par exemple à f/16 et 5 secondes sans flou de bougé. C'est à comparer favorablement avec une prise de vue au téléobjectif à distance moyenne et donc oblique et par dessous, quand celle-ci est d'ailleurs possible dans un espace trop restreint!

Pour la panographie à 360°: en tournant ensuite le mât pour prendre les autres vues au fisheye on s'assure de n'avoir pas d'erreur de parallaxe tout en gardant la profondeur de champ assez grande (grâce à la faible ouverture et une exposition correcte malgré tout).

Inconvénient

Pour être efficace, le chevalet ne doit pas être trop éloigné du sommet du mât. Cela implique que les deux jambes seront visibles dans le panorama final (au "nadir" décalé) et ça nécessitera du travail en retouche finale. Pour diminuer de façon optimale cet inconvénient, il faut trouver un compromis entre la rigidité de ces jambes et leur grosseur voire aussi la longueur de ces jambes, de même entre la distance d'éloignement du chevalet de l'appareil photo et la flexion résiduelle de la dernière section de mât au-delà du chevalet.

Une astuce: cacher le chevalet à la vue de l'objectif fisheye par l'objet sur lequel le chevalet s'appuie quand cela est possible. Cela devrait aussi faciliter la furtivité du trépied lui-même:-)

Exemples:

Je prévois de photographier Jeanne d'Arc (la statue de cinq mètres de haut, pas la Pucelle) à trente centimètres devant et au dessus de son visage dans son cadre panoramique. Le fisheye dans ses yeux (bleus?). Le chevalet sera alors caché derrière la nuque de la Pucelle armée (voir "astuce" ci-dessus décrite).

De même j'aimerais bien m'appuyer gentiment sur l'arrière de la tête de la statue de Pierre Goudelin sur la place Wilson à Toulouse pour survoler les jets d'eau et les placer au nadir du panorama...

Je referais peut-être ce pano qui m'a donné du mal même si il n'y avait bien sûr aucune brise de vent dans ce lieu clos: la parallaxe était inévitable à cause de la distance faible au mur et surtout aussi aux poutres courbes et joliment peintes...

.... et plein d'autres choses bien sûr!

 

Michel Thoby

8 avril 2009